Swiss Beatles Fan Club: Les studios Abbey Road réinventent l’industrie musicale

5 décembre 2017

Les studios Abbey Road réinventent l’industrie musicale

Les studios Abbey Road réinventent l’industrie musicale

Les milliers de graffitis, les touristes qui se photographient sur le passage piéton rendu célèbre par l’album Abbey Road des Beatles paru en 1969… Pas de doute, les studios éponymes de l’avant-dernier album des Fab Four ont accouché d’une puissante marque globale. Universal Music, qui les a rachetés en 2012, l’a bien compris. La machine marketing tourne à fond, que ce soit avec une visite virtuelle via Google ou en actualisant les playlists de trois mythiques studios sur Spotify. Il y a peu, le géant musical s’est mis en tête d’utiliser ce levier pour incuber ses propres Spotify. En suivant Jon Eades, responsable de l’innovation d’Abbey Road, dans le dédale des studios, on réalise que l’entreprise n’a pas qu’une marque à offrir. Bien sûr, c’est dans le studio 1 qu’ont été enregistrées les orchestrations de Star War ou du Seigneur des anneaux. Et les studios 2 et 3 sont hantés par les audaces (larsen, boucles…) testées par les Beatles et leur producteur George Martin puis les Pink Floyd. Mais, justement, ce que raconte Jon Eades, c’est une longue tradition d’innovations technologiques. Du millier de types de micros amassés depuis la création des studios par EMI en 1931 aux premiers enregistreurs magnétiques. « C’est ici qu’Alan Blumlein a inventé la stéréo », souligne-t-il.

Formé à l’Université du Surrey, comme un quart des 25 ingénieurs du son employés par Abbey Road, ce n’est toutefois pas ce bouillonnement technologique que découvre en 2011 John Eades lorsqu’il débute dans l’entreprise à 18 ans. La crise de l’industrie musicale fait alors rage. « Nous avions une ligne de produits à succès mais basés sur des technologies anciennes. » Isabel Garvey, qui prend la tête des studios en 2014, va insuffler une nouvelle dynamique. Elle lance la franchise des instituts Abbey Road, des écoles de production et d’ingénierie du son qui, après Londres, ouvrent à Amsterdam, Berlin, Francfort, Melbourne et Paris. En parallèle, quatre studios sont créés pour des raisons technologiques (la bande-son des films Imax) ou marketing avec une version meilleur marché de son label pour les talents en herbe, la Front Room. La même logique conduit à la création de l’incubateur Red fin 2015. « Nous voulions retrouver le monde de la technologie en utilisant notre expertise et nos réseaux chez les artistes. Mais sans équipe de recherche et développement, ce n’était pas simple », reprend Jon Eades. Plusieurs pistes sont explorées comme des collaborations de recherche avec les universités d’York, de Cork et de Queen Mary, les instituts Fraunhofer en Allemagne et l’IRCAM à Paris.

Le travail d’un ingénieur des studios va servir de catalyseur. James Clarke parvient alors à séparer les différentes sources sonores d’un enregistrement pour, par exemple, élimer les cris des fans lors d’un enregistrement live. Avec ce logiciel (DE-mix), il remastérise l’enregistrement des concerts des Beatles au Hollywood Bowl en 1964 et 1965. Avant d’intégrer cette technologie, les studios Abbey Road s’interrogaient sur la possibilité de créer une start-up. Et pourquoi seulement une ? « Nous nous sommes rendu compte qu’il n’y avait en Europe aucun programme dédié aux entrepreneurs de la musique», explique Jon Eades. De fait, en dehors de Project Music à Nashville (Tennessee), il n’y en a nulle part quand Red démarre. « Nous avons choisi d’être un incubateur avec un programme de six mois plutôt qu’un accélérateur. Et de prendre 2 % au capital des start-up sélectionnées pour aligner nos intérêts. » Abbey Road Red accueille les start-up quand elles viennent à Londres mais travaille surtout en ligne pour éviter les frais. Aucune des trois premières start-up sélectionnées ne vient en effet du Royaume-Uni. Fruit de la créativité de deux anciens ingénieurs de Logitech et basée à San Diego, Ossic développe un casque audio en 3D, autrement dit aussi immersif qu’une stéréo surround. Basé à Tampere en Finlande, CloudBounce est une intelligence artificielle qui effectue le travail de base d’un ingénieur du son pour produire la maquette d’une chanson pour 5 euros. Uberchord est une application développée depuis Berlin pour apprendre la guitare. Avec la particularité d’écouter ce qui est répété et de proposer des exercices destinés à corriger les défauts. ||

Photos : Jon Eades, 21 avril 2017.
Ci-dessous : casque audio en 3D de la start-up Ossic.


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